Euphorie_suite

Publié le 6 mai 2022 à 12h40 par Sarah R. au cours de l'atelier d'écriture: Atelier au Long cours

Aux premiers beaux jours, Zélie s’était acheté toute la panoplie : gants, râteau, pelle, arrosoir, et même un chapeau de paille.  En l’essayant dans la boutique, elle avait décidé qu’il la protégerait du soleil et des rechutes.                                                                                Son visage avait repris son arrondi d’enfance, et sa mère s’en réjouissait. A sa sortie de cure, elle avait offert à Zélie des fusains du Japon, ses préférés pour dessiner. Avec la drogue, Zélie avait tout arrêté. Le dessin, la musique, le jardinage, plus rien ne l’intéressait.

Elle regarde Zélie à genoux dans l’herbe au fond du jardin. De dos, avec son chapeau, on dirait une exploratrice à la recherche d’un trésor. Sous le tissu, ses épaules sont encore maigres. Il faudra plus que des chocolats de Pâques pour la remplumer.

Les mains dans la terre, Zélie essaie de se focaliser sur les odeurs, les sensations. Ne pas laisser ses pensées dériver ailleurs, c’est trop dangereux. Son corps use de nombreux stratagèmes pour la ramener sur le Styx. Elle compte les jours, collectionne les badges, plante de nouvelles fleurs, mais surtout pas d’Eupatoire. Chaque motte de terre bêchée doit clouer le manque au pilori.

Un bruit métallique sous la petite pioche. Zélie creuse et trouve une boite. Les dessins et les inscriptions sont à moitié effacés, mais ça ressemble à une vieille boîte à gâteaux… Zélie bataille avec le couvercle, scellé par la rouille et la terre mêlées. A l’intérieur, des petits soldats, des avions, des capsules de bières et des osselets. Zélie fouille dans les reliques, les examine attentivement. Elle est soulagée et émue.

Soulagée de ne pas être tombée sur une cachette de drogue. Emue, car, sous les ailes de l’avion, elle vient de reconnaître, gravées au couteau, les initiales de son grand-père.