Les breloques

Publié le 17 novembre 2021 à 21h08 par Catherine Z au cours de l'atelier d'écriture: Atelier Buissonnier

Le vieil homme ramasse ses breloques et remonte ses bretelles fatiguées. Encore une journée sans gloire. Une journée à rayer sur son calendrier de l’abbé Pierre. Perclus de douleurs, il a de plus en plus de mal à installer son stand sur la place du marché de Brest. Tous les soirs, il s’endort en se demandant s’il se réveillera le lendemain. Il devient de plus en plus fragile, rétréci. Il continue tous les matins que Dieu fait à préparer son commerce. Ainsi que l’a fait son père et son grand père avant lui. De père en fils, ils ont toujours glané, chiné des objets de çi de là pour les revendre aux touristes parisiens ou étrangers. Ceux qui s’émerveillent devant un couteau ciselé, une tasse bretonnante, des assiettes en porcelaine bleu lavande. Il s’habille de guingois, sans trop se laver, c’est une perte de temps et d’énergie. Il s’économise. Tout lui pèse. Son café expédié. Il va voir la mer Sa source vitale. Il reste en contemplation face à elle. Il se recentre, disparait en elle. Il n’est plus le vieux Louis, il devient Océan, vagues, écume blanche. Il ignore le temps qu’il passe assis sur son plot ou maintenant sur son pliant marine. C’est son carburant, se fondre avec l’Océan. Peut être qu’un jour il s’enfoncera lentement dans cette eau verte, grisâtre odorante. Il l’ignore. Il n’exclut pas cette éventualité, lui qui se sent si seul depuis des décennies, depuis que sa douce l’a quittée. Il a oublié les traits de son visage. Seule sa voix demeure. Louis l’entend lui murmurer des mots du quotidien qui deviennent des mots d’amour au fil des années. Au début de son veuvage, Louis pensait Marie présente. Il l’appelait dans leur petite maison sur les quais. Il attendait une réponse et son silence en retour lui évoquait son absence définitive, cruelle, désespérée.

Aussi au fil du temps sa vie s’est rapetissée. Il a continué son petit commerce de brocanteur sur la place du marché. Il fallait bien gagner quelques sous pour assurer son quotidien. Son appétence pour la vie s’était évanouie avec la mort de Marie.

Seule la contemplation de la mer lui donnait encore l’énergie pour se lever chaque matin. Il savait au fond de son âme, qu’un jour il irait la retrouver en s’immergeant dans l’océan. Il n’était plus qu’une ombre depuis le décès de sa femme qui aimait la vie pour deux.