Polaroïd

Publié le 19 juin 2022 à 20h39 par Emmanuelle P au cours de l'atelier d'écriture: Atelier Papillon

Garage.

Porte. Ouverture. Assise. Les cuisses qui collent au siège. Grimace. Ceinture de sécurité. Suffoquer. Idées noires. « Un changement arrivera bientôt ». Promesse. En l’air ?

Démarrage. Moteur fatigué. Ou batterie épuisée ?

Enlever ceinture. Ouvrir porte. Claquer porte. Grommeler. Chaussures qui collent au béton.

Marche après marche, je monte. L’air de rien, je regarde tout de toi : ton regard de chien battu, mais des oreilles beaucoup plus petites. Cette chevelure hirsute sous laquelle to visage transpire.

Regard noir. Rire bête. Album. « Je regarde mes photos de vacances au ski, c’est rafraichissant ! ». Connard.

Changement de décor.

Le bateau tangue sous le soleil. Un homme veille.

Berceau. Bras laiteux et dodu d’un enfant aux cheveux longs. Endormi.

Bienheureux. Ne rien faire, prendre le temps, goûter l’instant.

Arrêt sur image.

Suspendue dans l’air, à l’aplomb, une libellule.

Questionnements.

« Les nénuphars sont-ils des lotus ? »

« Viendra-t-elle me rejoindre ? ».

Barbier.

Au Peigne fin, l’homme au regard de chien battu s’ennuie. Promo : coupe au bol. Fiasco.

Réfléchir.

Raser gratis.

Conflit.

Les hipsters sont les rois du quartier.

Four.

Comme échec.

Comme chaleur.

Idée géniale.

« Relaxez-vous dans mon salon-sauna ! Je pétrirais votre crâne et vos muscles. Et plus si affinités. »

Aller trop loin ?

Dans l’autre salon, elle attend l’orage. La dispute ? La pluie diluvienne ? Rejoindre son futur en canoë. Prendre l’enfant comme le sien. Quitter le barbier barbant.

Changer. En mieux.

Sauter dans l’inconnu. Passer la porte du sans-retour.

Le barbier a eu l’air fin, il en a cassé son peigne de désespoir. Encore une de partie. La dixième.

Le vent de fraîcheur aux abords du parc avive le courage de la femme qui s’est enfuie.

Un port. L’homme à l’enfant apparaît.

« Je me disais bien qu’il fallait que je t’attende ».

 

P.S. Réalité. Un dimanche de juin. Au Peigne fin, le coiffeur s’ennuie. Seul. Assis. Bac à shampooing. Vide. Un téléphone entre ses mains pour jouer ou regarder une vidéo. Film ? Série ?

Sous ses cheveux bruns coupés courts et un peu partis, devant, eux aussi, un regard un peu perdu. Sa barbe entoure une bouche qui n’a rien dit depuis des heures.