Salle d’attente

Publié le 21 mai 2022 à 19h20 par Virginie D au cours de l'atelier d'écriture: Atelier Papillon

Elle rentre dans le cabinet, on la fait attendre dans une salle d’attente. Il y a au moins 10 places, elles sont toutes vides, et c’est très bien comme ça. Elle n’aimerait pas croiser quelqu’un ici, même un inconnu. Elle attend, elle se demande ce qu’elle fait là, si c’est vraiment une bonne idée. Après s’être enfilée toute la saison 2 de “En thérapie”, elle a eu une furieuse envie de rentrer aussi en thérapie. Elle a cherché un professeur Dayan comme dans la série, mais évidemment elle ne l’a pas trouvé. Elle sait que c’est ridicule bien-sûr. Elle aurait aimé pouvoir choisir à l’aide d’une photo, d’un profil, comme sur les applications de rencontre. Le tinder du psy. Elle aurait pu demander à ses proches, ses collègues, mais elle n’a pas osé, c’est trop intime. Bref elle a fini par en choisir un au hasard, son cabinet est à 1,5 km de son appartement, c’est accessible à pied mais pas trop près non plus, elle ne voudrait pas croiser sa voisine ou son boucher dans la salle d’attente. Et puis il s’appelle Mr Oreille, pour un psy, c’est un bon début.
Mais là, alors qu’elle attend dans cette grande salle d’attente, elle n’est plus trop sûre. Elle pourrait repartir discrètement, après tout ça doit arriver souvent. Alors qu’elle est en train d’imaginer sa fuite, elle entend du bruit dans la pièce d’à côté, le patient d’avant doit avoir terminé sa séance. Trop tard pour prendre la poudre d’escampette, la porte de la salle d’attente s’ouvre, le professeur Oreille vient la chercher. “Melle Singer, je vous en prie”. Elle entre dans la pièce, il y a un divan, 2 fauteuils qui se font face, des murs couverts de livres et de tableaux. Une caricature de cabinet de psy, pense-t-elle. Il lui demande comment elle veut s’installer, est-ce qu’elle préfère le divan ou un fauteuil. Elle ne répond pas, elle évite de le regarder et se pose dans un fauteuil. Le divan, c’est trop impressionnant et puis elle est tellement épuisée qu’elle pourrait s’assoupir. C’est pour ça qu’elle est là, c’est pour cet épuisement qui la prive de vivre, de rire, de s’aimer, d’aimer. Elle veut comprendre, dénouer, se défendre, s’accrocher, mais toute seule elle n’y arrive plus.