Seule avec du monde autour

Publié le 21 novembre 2021 à 21h24 par Virginie D au cours de l'atelier d'écriture: Atelier Papillon

Non, le bruit ne vient pas de là. Elle a l’impression d’être suivie, mais le seul son qu’elle entend est celui de ses pas, le choc de ses talons sur l’asphalte. Elle tente de se rassurer, elle regarde en arrière, il n’y a rien ni personne. Elle est seule, c’est ce qu’elle voulait, profiter de la solitude, mais ce soir, elle n’y arrive pas. Trop de solitude, c’est angoissant, c’est inquiétant. Ce qu’elle aime, c’est être seule avec du monde autour, là, elle peut vraiment profiter de la solitude, débarrassée de toutes pensées misérabilistes ou angoissantes.
Elle tourne sur la gauche, va remonter le boulevard en direction du centre ville, elle espère croiser un peu de monde, un peu de vie, mais rien qui ne vienne l’importuner. C’est l’hiver, la nature hiberne et les gens aussi, le boulevard est désert, juste animé par les guirlandes de Noël qui scintillent dans les arbres. Le centre ville est dépeuplé, elle désespère de trouver un endroit propice à ses rêveries solitaires. Elle prend la direction de la gare du RER et de sa grande place. Ils viennent d’y installer le village de Noël, des petits chalets en faux bois avec de la fausse marchandise dedans, du faux nougat de Montélimar, du faux fromage corse, de fausses vestes en faux mouton retourné. Elle déteste cet endroit mais c’est sans doute là qu’elle a le plus de chance de trouver les conditions idéales à ses rêveries, un peu de bruit, un peu de vie, mais peu de chance de tomber sur quelqu’un qu’elle connait. Elle pourra peut-être même s’offrir un verre de faux vin chaud si le village de Noël n’est pas encore fermé. Elle y est presque, elle entend quelques voix, elle distingue de la lumière, c’est un peu criard, ça clignote, c’est rouge, c’est vert, c’est moche, mais c’est parfait. Elle prend son verre de vin chaud en prenant soin d’échanger un minimum de mots avec le vendeur, et se dirige vers un banc.
Enfin, elle est seule, avec du monde autour, elle peut réfléchir. A la maison c’est impossible, elle est sans cesse sollicitée, les enfants, son mari, le ménage, une machine à étendre, Netflix et le dernier roman qu’elle s’est offert … trop de possibles, trop de contraintes, son cerveau est en surchauffe. Enfin, seule sur son banc, dans un environnement rassurant, elle va pouvoir réfléchir … quand le vendeur de vin chaud vient s’assoir à côté d’elle. « Alors ma p’tite dame, faut pas rester toute seule comme ça ! »